
Les livres qui préfèrent le risque au ronron.
Des récits, des projets visuels et objets narratifs non identifiés. Avec un goût certain pour les mondes qui dérapent...
Première victime : Sayonara Suckers, un roman d’anticipation satirique, drôle, noir et furieusement contemporain.
SAYONARA SUCKERS
Le futur était une mauvaise idée
FANTE'S
LOS ANGELES
LE DERNIER DAN FANTE
ÉTUDES ESSENTIELLES
Des réponses à des questions qui ne le méritent pas toujours.
SAYONARA SUCKERS
LE FUTUR ÉTAIT UNE MAUVAISE IDÉE
Une comédie noire où tout le monde est convaincu d’avoir raison.
Où le timing est catastrophique, et où le futur n’en fait qu’à sa tête.
Max, Daniel et Karl ne sont ni des héros, ni des génies (loin de là).Mais ils ont un avantage : le placard à balais de Max, autrement dit, un moyen de voyager dans le temps.Leur idée est simple : remonter à la source et neutraliser, lorsqu’ils sont encore enfants, ceux qui façonneront le monde à venir, les gourous de la tech et marchands de dépendance. De mission en mission, entre improvisations et visions délirantes d’un monde “corrigé”,
leur croisade vire peu à peu à la fable noire.Sayonara Suckers est un roman satirique, drôle, rageur et mélancolique sur notre époque, son obsession technologique, sa brutalité molle et la tentation très humaine de vouloir refaire l’Histoire à sa manière.
SAYONARA SUCKERS
C'est à partir de là que ça a dérapé.⇣
« Tu crois vraiment que c’est une bonne idée, bro ? »« Non », dit Max. Mais c’est la seule qu’on ait.Karl le fixa un instant, puis hocha lentement la tête sur le côté, ce qui,
avec sa gouffa humide, lui donnait un air de chien battu.« C’est super rassurant », dit-il.
« Le seul plan qu'on a… c'est un mauvais plan, en fait ? »« Exactement. »« Ok, cool. »
À PROPOS DE L'AUTEUR

Rem Sora vient des arts visuels, de l’écriture et du cinéma.
Il développe des récits à la croisée de la satire et de la fiction visuelle, où tension
et absurdité cohabitent.Avec Sayonara Suckers, il passe au roman en suivant trois hommes convaincus que le futur a déjà été détourné et qu’il faut intervenir avant qu’il n’advienne.Le livre mêle humour noir et instabilité narrative, dans un univers où les mauvaises idées
deviennent rapidement les seules possibles.Sayonara Suckers est son premier roman.
FANTE'S LOS ANGELES
Fante’s Los Angeles est un projet de livre au long cours, mêlant photographie, textes inédits, fragments littéraires et hommages autour de l’héritage de Dan Fante.Le projet explore Los Angeles non pas comme une carte postale, mais comme un territoire hanté, brûlé par le soleil, fait de ruelles, de motels, de bars, de fantômes et de phrases restées en suspens.
Le livre est actuellement en cours de développement.Avec des textes hommage inédits de : Ayrin Fante, Giovanni Fante, Michael Connelly, Mark Safranko, Tony O’Neill, Jerry Stahl, Ben Myers, Douglas Mallon, Kevin Ring, Amy Baker, Eric Vieljeux, Olivier Martinelli…

Bientôt disponible via une campagne Kickstarter (édition en anglais).
Pour suivre l'avancement du projet
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ÉTUDES ESSENTIELLES
Des réponses sérieuses à des questions qui ne le méritent pas toujours.Pouvoir, argent, ego, intelligence, technologie, bonheur, réussite… Études essentielles examine méthodiquement les grandes obsessions de notre époque, à grand renfort de science, de graphiques, de mauvaise foi et de conclusions pas vraiment rassurantes.Premier sujet d’étude : Est-ce que le pouvoir rend con ? (il fallait bien commencer quelque part).
ÉTUDE ESSENTIELLE #1
EST-CE QUE LE POUVOIR
REND CON ?
L'ÉTUDE QUE PERSONNE N'AVAIT DEMANDÉ
... Pour faire simple : Oui.Mais par respect pour la méthode scientifique, des éventuels lecteurs et du livre du livre lui-même,
Rem Sora a décidé de développer.Pourquoi les dirigeants finissent-ils par ne plus écouter personne ? L'argent diminue-t-il l'empathie ? Le succès modifie-t-il le cerveau ? Les milliardaires vivent-ils encore sur la même planète que nous ?
Les réseaux sociaux favorisent-ils vraiment l'intelligence collective ?
(Spoiler : Non.)À partir d'observations rigoureusement sélectionnées, d'études plus ou moins scientifiques (plutôt moins que plus), de graphiques inutilement précis et de plusieurs sujets humains qui auraient préféré rester anonymes, Rem Sora explore les effets secondaires du pouvoir, de l'argent et de l'influence.Un fabuleux traité comportemental qui dissèque douteusement :
• les différentes familles du pouvoir et de la connerie.
• la baisse progressive de l'écoute chez les individus dits "importants".
• l'expansion incontrôlée du melon.
• les accidents narcissiques liés à la richesse.
• gourous, influenceurs et prophètes. tout y passe.
• la disparition du bon sens dans les environnements fortement hiérarchisés.Un livre pour celles et ceux qui travaillent sous les ordres de quelqu'un
ou qui dirigent d'autres personnes ou qui craignent d'être déjà concernés.Une étude satirique, documentée et parfaitement inutile pour obtenir le pouvoir.


ÉTUDE ESSENTIELLE #2
COMMENT DEVENIR RICHE
( POUR DE VRAI )
UNE MÉTHODE SIMPLE, SAUF SI VOUS ÊTES PAUVRE
… Pour faire simple : commencez avec de l’argent.Mais comme cette méthode présente quelques difficultés pratiques pour une partie importante de la population, Max Pesos a décidé d’examiner les autres solutions.Pourquoi certaines personnes semblent-elles devenir riches presque mécaniquement ? Pourquoi travailler davantage ne suffit-il pas toujours ? Est-il raisonnable d’arrêter les cafés à 4 € pour financer un appartement à 300 000 € ? Pourquoi est-il beaucoup plus facile de faire travailler son argent quand on en possède déjà ? Et surtout, pourquoi la plupart des méthodes pour devenir riche semblent-elles fonctionner mieux une fois qu’on l’est déjà ?À partir de chiffres réels, de mécanismes économiques sérieux et d’une quantité inquiétante de bon sens, Max Pesos démonte les recettes habituelles de l’enrichissement.Un authentique manuel de richesse qui examine notamment :
• l’avantage de partir avec de l’argent.
• l’importance de bien choisir ses parents.
• les limites du travail acharné.
• le pouvoir des intérêts composés.
• pourquoi les riches empruntent à de meilleures conditions que les pauvres.
• l’utilité de payer moins. Légalement.
• la transformation de vous-même en marque commerciale.
• enfin, la découverte de la richesse intérieure.Un livre pour celles et ceux qui veulent devenir riches, mais qui aimeraient comprendre pourquoi ils ne le sont pas encore, ou qui commencent à soupçonner que le café n’était peut-être pas le véritable problème.Une étude satirique, documentée et utile sur l’argent, le mérite et cette habitude que nous avons d’expliquer la richesse après qu’elle se soit produite.


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SAYONARA SUCKERS - REM SORA

Jaquette satinée 4 rabats

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Livre couverture souple (mate)
Une comédie noire d’anticipation sur la technologie, le pouvoir
et les conséquences parfois inattendues des bonnes intentions.
EN QUELQUES MOTS
SAYONARA SUCKERSRoman — Science-fiction / anticipation / satire / humour noirMax, Daniel et Karl sont persuadés d’avoir trouvé une solution simple à un problème compliqué :
si les géants de la technologie ont contribué à transformer le futur en cauchemar, il suffit de remonter le temps
et de les arrêter avant qu’ils ne deviennent les hommes les plus puissants du monde.Leur plan consiste donc à kidnapper leurs versions enfants.Peut-être une mauvaise idée ?Sayonara Suckers est une comédie noire d’anticipation sur la technologie, le pouvoir, le libre arbitre
et les conséquences parfois inattendues des bonnes intentions.POUR QUELS LECTEURS ?Pour les amateurs de science-fiction "adulte", de satire sociale, de dystopies contemporaines et de romans qui
utilisent l’humour pour parler sérieusement de notre présent.Ni fantasy, ni young adult, ni space opera :
Sayonara Suckers est avant tout une satire contemporaine déguisée en roman de science-fiction.
Sayonara Suckers est né d’un constat simple,
nous nous sommes progressivement habitués à vivre dans un environnement que nous aurions probablement jugé inquiétant il y a seulement quelques décennies. Nos conversations, nos goûts, nos déplacements et une grande partie de nos opinions, pensées, orientations, sont devenus des données. Les réseaux sociaux captent notre attention, organisent ce que nous voyons et influencent jusqu’à notre perception du réel.L’information s’accélère, le débat se radicalise, les sociétés se polarisent. Nous sommes plus connectés que jamais et, paradoxalement, de moins en moins disponibles les uns pour les autres. Simplement capables de rester attentifs longtemps à quelque chose est devenu difficile.
Tout cela n’est pas totalement négatif, mais quelque chose s’est déplacé. La technologie, la mondialisation et les outils conçus pour nous faciliter la vie ont créé de nouvelles formes de dépendance, de surveillance, d’uniformisation et de contrôle.Max en a pris conscience de manière brutale et puisqu’il est incapable de véritablement changer le monde, il décide de le faire à sa manière, c'est à dire de façon parfaitement déraisonnable. C’est ici que commence Sayonara Suckers.Derrière la comédie noire et les personnages faussement grotesques, le roman parle surtout de cette sensation devenue familière,
celle d’avoir construit collectivement une machine dont plus personne ne sait très bien comment en sortir.

INFOSTitre : Sayonara Suckers
Auteur : Rem Sora
Éditeur : Hello Bandits
Genre : Roman — Science-fiction / Anticipation / Satire
Langue : Français
Format : Broché
Dimensions : 11x18 cm
Pagination : 344 pages
Prix public TTC : 15,99 €
ISBN : 979-10-986894-2-0
Date de publication : 05/2026Également disponible en édition anglaise.
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pour les librairies indépendantes.CONDITIONS LIBRAIRESPrix public TTC : 15,99 €
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Réassort : sans minimum
Dépôt-vente : sur demandeRETOURSLes exemplaires invendus peuvent être repris dans un délai de 6 mois suivant la mise en place,
après accord préalable, à condition d’être en état de revente.Les frais de retour restent à la charge de la librairie.EXPÉDITIONPour une première mise en place de quelques exemplaires,
les frais d’expédition sont pris en charge par Hello Bandits.Les conditions de réassort peuvent être adaptées en fonction des quantités commandées.INFORMATIONS LIVRESAYONARA SUCKERS
Rem Sora
Roman — science-fiction / anticipation / satire
Hello Bandits éditions
344 pages
Prix public TTC : 15,99 €
ISBN : 979-10-986894-2-0
Format : 11 x 18 cm
Langue : français
-Édition anglaise également disponible.
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1989Il était là, comme un con, en train de jouer près du bac à sable, accroupi, ses cheveux roux en bataille. Le ciel était d’un bleu profond en ce début de journée automnale à White Plains dans l’État de New York. Lumière et chaleur étouffante venaient s’écraser sur son petit visage délétère aux multiples taches de rousseur. Son petit t-shirt s’accordait comme un gant avec son petit short bleu et ses petits cubes en plastique qu’il posait innocemment devant lui pour les faire grimper plus haut, toujours plus haut.
Tout autour de lui les autres enfants s’amusaient en criant sans lui prêter attention, comme la rangée de maîtresses assises dans le fond, indifférentes à ce qui se passait autour d’elles, encore moins du côté du bac à sable. Trop loin, trop de bruit, trop chaud. Lorsque le petit rouquin releva les yeux pour voir qui venait faire de l’ombre à sa tour de Babel, il découvrit le visage souriant d’un gros barbu joufflu qui le regardait avec tendresse et transpiration.— T’es pas très beau, toi, dis donc.Le petit resta silencieux, l’œil humide et vexé.— T’aimes bien le bleu par contre, hein ?Il baissa le regard vers ses sandales bleues, puis vers les cubes bleus qu’il tenait dans ses petites mains toutes moites. Il se redressa fièrement en inspirant profondément, prêt à répondre avec assurance. Le gros barbu ne lui en laissa pas le temps et, tout en bombant le torse, il se pencha jusqu’à coller son gros nez au plus près de son petit visage impassible.— Comment tu t’appelles, mon p’tit gars ?Le p’tit gars se tenait droit comme un “i”, esquissant un sourire timide.— Je m’appelle Mark Sucker…En moins de temps qu’il ne lui en fallut pour dire “beurk”, Gros barbu s’empara du petit Mark qu’il balança aussitôt par-dessus son épaule comme un vulgaire sac de riz et se mit à courir comme un dératé en direction du portail qu’il avait précautionneusement laissé entrouvert.
Les maîtresses restèrent bouche bée, pétrifiées sur place, incapables du moindre mouvement tandis que Goliath prenait la fuite avec petit Mark sous le bras, gueulant à tort et à travers en direction de la vieille Chrysler Lebaron GT garée tout au bout du parc.— Ouvre le putain de coooffre !! Démarre, démarre, démarre !!Un grand échalas aux cheveux gras terminait sa cigarette, adossé à l’arrière de la voiture. Il ouvrit le coffre d’une traite puis agrippa le volant avec autant de perspicacité qu’un cancrelat s’abattant sur le pauvre monde.Gros barbu balança le Suckerbeurk au fond de la malle arrière et, dans un nuage de fumée assourdissant, la voiture des deux compères disparut au coin de la rue, ne laissant retentir qu’un dernier et énigmatique écho sonore qui laissa les rares spectateurs stoïques comme de vulgaires mollusques.— Geronimoooo !!Le crissement des pneus et le nuage de fumée noire qui s’évaporait au bout de l’avenue n’arrivaient plus à couvrir les applaudissements surexcités des enfants restés au fond de la cour de récréation, pouces en l’air, sous le regard atterré des maîtresses qui n’avaient toujours pas décollé de leur banc.-La nuit était tombée. Gros barbu et Grand échalas faisaient face à un vieux hangar perdu au milieu de nulle part, sombre silencieux, humide. Les silhouettes des arbres qui se balançaient au gré des rafales de vent froid semblaient défier les phares de la Chrysler qui s’éteignirent timidement.— Faudrait peut-être faire plus discret la prochaine fois, parce que là, on peut pas dire que t’as fait dans la subtilité,
dit Daniel, toujours fermement agrippé au volant.Il regardait Max du coin de l’œil, se demandant s’il devait se montrer ferme ou s’il allait s’en prendre une. “Ouais”, répondit Max.
Il était comme ça, Max, un grand sensible dans un corps d’ours des cavernes. Un petit mot d’appro- bation rapide et il ouvrait déjà le coffre pour en extraire Bleu bite à bout de bras. Affolé, le petit Mark ne disait rien. Il restait prostré en position fœtale, comme si son
corps avait été moulé dans un four à pain. Il s’était enroulé autour du bras musculeux de son bourreau et ne bougeait pas, à tel point que Max dut le secouer pour vérifier s’il était toujours vivant. Daniel s’approcha, doigt levé, un poil moralisateur.— Tu sais qu’il faut pas secouer les enfants, ça peut créer des dommages irréversibles au niveau du petit cervelet.Max l’observa d’un œil distrait tout en avançant en direction du hangar, le Suckerbeurk agrippé à son biceps.— C’est un peu l’idée, lui dit-il, en ouvrant le cadenas qui pendait au bout de la grosse chaîne de la porte coulissante
et avant de pénétrer de quelques pas à l’intérieur.— Tu sais, Daniel, c’est un malin celui-là, faut se méfier, il fait l’innocent et bing, quand tu t’y attends pas, il te baise...
T’as pas vu Social Network ?Il agrippait l’enfant, tirait dessus comme sur un poulpe pris au piège, étirant un bras après l’autre pour lui faire lâcher prise. Suck céda et, au moment où le pauvre rouquin s’écrasait de tout son poids sur le sol poussiéreux, Max et Daniel avaient déjà refermé la porte derrière eux. Écho métallique. Silence sidéral.
Paniqué, le petit Mark regardait tout autour de lui, la goutte au nez, l’œil humide. Sa respiration résonnait par intermittence dans l’immensité noire et oppressante. Il se mit à pleurer des larmes de terreur. Une véritable fon- taine qui ne s’arrêtait pas, jusqu’à ce qu’il discerne un bruit tout au fond de l’entrepôt. Une lueur également.
Le pas hésitant, tremblant comme une feuille, la morve au nez, il avança à tâtons en direction du tréfonds.
À l’extérieur, Max avait pris place au volant de la Chrysler qui fit un raffut pas possible lorsqu’il démarra en trombe et s’éloigna pour disparaître dans la pénombre.Daniel était surexcité, mais il oscillait entre joie, peur, triomphe et défaite. Il était rempli de tous ces sentiments contradictoires qui le poussaient à faire des bonds de cabri entre le siège passager et le plafonnier en tôle de la grosse LeBaron.— Il faisait moins le malin le Suck, là ! Putain, c’est dingue ton truc !— Je sais Daniel, mais calme-toi, on a encore du taf.Après avoir roulé quelques kilomètres sur un chemin de terre, Max stoppa le véhicule derrière le mur d’une vieille grange délabrée, cachée au milieu de hautes herbes défraîchies. Il gara la Chrysler juste à côté d’une vieille Buick couverte de rouille.
Carcasse ternie par les ravages du temps.
Perdu au fond du hangar, le petit Mark s’approchait doucement d’un semblant d’alcôve, une sorte de demi-cercle formé de palettes éventrées et de vieux cadres métalliques, au centre duquel se tenait une silhouette, accroupie comme l’aurait été un professeur de yoga, visage baissé, concentré. Mark séchait ses larmes et, sa vision s’habituant petit à petit à l’obscurité, il devina une forme humaine, étrangement calme. Jambes croisées, pieds nus, elle se tenait face à lui, silencieuse comme un moine tibétain. Il sentit la panique s’emparer de lui et lorsqu’il pénétra avec méfiance dans le saint des saints, il découvrit qu’il s’agissait d’un autre enfant, comme lui, qui le regardait avancer au travers de ses petites lunettes rondes. Le jeune gourou était zen, parfaitement serein, malgré l’isolement et l’obscurité qui l’entourait. Les quelques bougies posées en arc de cercle devant lui, éclairaient son visage sec, mais souriant.
Le jeune garçon fit signe à Mark d’avancer, tout en lui demandant d’enlever ses chaussures afin de ne rien salir.— T’es qui, toi ? Comment tu t’appelles ? On est où, là ?
Je veux voir ma maman...Suck fit quelques pas. Le jeune binoclard l’observa quelques instants, puis écarta les bras avant de poser la paume de ses mains sur le bord de ses genoux. Il baissa la tête tout en jetant un coup d’œil au panier de fruits posé devant lui, avant de lui faire signe de s’arrêter.— Tuut, tuut... Enlève tes chaussures, s’il te plaît. Moi
c’est Steven, mais tu peux m’appeler Steve.— Moi c’est Mark, Mark Suckerbeurk.— Jab, Steve Jab.Steve se pencha pour attraper le panier du bout des doigts.— Tu veux une pomme ?Suckerbeurk se remit à pleurer.
MONO
PETIT, MIMI, MAIS ÉNERVÉ

MONO
Bientôt...


LES CARNETS DE MAX
#001
On ne sauve pas le monde avec des batteries, bro.
#002
Il y a des signes. Toujours les mêmes.
#003
Le génie qui a tout foutu en l'air - avec élégance
#004
L'homme qui a transformé votre cerveau en produit

On ne sauve pas le monde avec des batteries, bro
— Le Journal de Max
Je vais faire simple.
C’est probablement pas une super idée.Pas la pire que j’ai eue, en tous les cas, Daniel garde encore des séquelles de la piscine de East Lansing…Mais bon.À un moment, tu regardes autour de toi. Pas en mode philosophe. Pas en mode “le monde est complexe”. Non.Juste… tu regardes. Et tu vois quoi ?Des nuques.Partout, des nuques.
Des gens penchés sur des rectangles lumineux.
Ils mangent avec. Ils marchent avec. Ils vivent avec.
Ils ne regardent plus rien. Ni plus personne.Et là, la question arrive. Logique. Basique.Qui a fait ça ?Pas “pourquoi ?”, hein. Pas “dans quel contexte socio-économique?"
Non.
Qui. A. Fait. Ça. ?Parce qu’à un moment, quelque part, il y a un type qui a eu une idée de génie.
Un truc qui devait “connecter les gens”. Faciliter la vie, créer du lien.
Ce genre de connerie auxquelles on a tous cru.Résultat : dépendance mondiale déguisée en progrès.Super.Et, le 6 février 2018, un type envoie une bagnole dans l’espace !
(Falcon Heavy first launch 2018)
Une Tesla. Rouge.
Avec un mannequin dedans. Rien que ça.
Pour rien. Pour la photo.J’ai regardé cette image.
Pas longtemps. Ça m’a gonflé.
Elle est belle, ok.
Mais elle résume tout.Un mec tellement riche que plus personne ne lui dit non.
Un matin, il se réveille et décide d’envoyer une caisse tourner autour du soleil.
Parce qu’il peut.
Parce que personne n’est là pour lui dire : “stop, tu débloques connard”.Et là, j’ai pensé aux gamins.
Rien de glauque (je suis athée).
Je parle du moment avant.
Avant que ça dérape.
Avant que le môme décide qu’il est au-dessus de tout.
Avant que le fric et le pouvoir lui fabriquent un cerveau hors-sol.L’idée est venue comme ça. Pas d’un seul coup, mais par accumulation.La voiture dans l’espace.
Les zombies aux smartphones.
Les ingénieurs qui interdisent ces trucs à leurs propres gosses.
Les types en jet privé qui parlent climat.
Le progrès qui ressemble de plus en plus à une blague.À un moment, Daniel m’a regardé et il a dit :“Tu penses à un truc illégal, toi. Tu marmonnes dans ton coin.”J’ai dit :“Ouais.”Il a réfléchi. Deux secondes.
Puis rien.
J’ai pas insisté.Mais la question, elle est là."Est-ce que kidnapper un gamin de huit ans, c’est une bonne idée ?"Non. Bien sûr que non. Je suis pas fou.C'est Illégal. Moralement discutable et logistiquement compliqué.Parce que par exemple :
- Un coffre de Chrysler LeBaron, c’est pas très grand.
- Un gosse qui hurle à 3h du matin, ça porte loin…Tout ça, je le sais.Mais je sais aussi autre chose.Personne ne change rien en restant assis.
Personne n’a jamais écrit l’histoire en disant “on verra plus tard”.Daniel n’est pas d’accord. Daniel il est jamais d’accord de toute façon et c’est pour ça que c’est mon pote.Mais bref. On a quoi, du coup ?- Un placard à balais, mon pote.
- Un Motorola à clapet.
- Et une liste de noms.Le reste… c’est juste de la logistique. Non ?
Lis Sayonara Suckers
(avant que quelqu'un ne décide pour toi)

Est-ce que kidnapper un gamin de 8 ans est une idée discutable ?
— Le Journal de Max
On croit toujours que ça commence avec un génie.Un petit prodige.
Un futur Steve. Un futur Mark.
Quelqu’un qui “va changer le monde”.C’est faux.Ça commence bien avant.Ça commence dans une cour d’école.Un gosse qui ne joue pas avec les autres.
Un autre qui regarde tout. Qui comprend trop vite.
Un troisième qui teste. Les limites. Les autres.Personne ne s’inquiète.On dit qu’il "pense différement”.
On dit qu’il est “en avance”.Non.Il est en trajectoire.Le problème, ce n’est pas l’intelligence.
Le problème, c’est ce qu’on en fait.Et surtout : ce qu’on laisse faire.On applaudit les résultats.
On oublie le reste.Le mépris.
Le besoin de contrôle.
Le plaisir discret de manipuler.Ça ne disparaît pas.Ça grandit.Un jour, ça devient une entreprise.
Un réseau. Un système.Un truc tellement énorme
qu’on ne peut plus l’arrêter.Alors on écrit des livres.
On fait des films.
On dit “on aurait dû savoir”.Moi, j'ai préféré agir avant.
Lis Sayonara Suckers
(avant que quelqu'un ne décide pour toi)

Tout gâcher (mais avec élégance)
— Le Journal de Max
Je vais être super honnête avec vous.Steve, je l'aimais bien.C'est le problème avec les génies. Ils sont sympathiques. Au premier abord.
Charismatiques.
Ils portent des cols roulés noirs et parlent de changer le monde avec des yeux d'évangéliste convaincu. Alors nous on a des étoiles plein les yeux, mais pendant ce temps, dans votre dos, ils fabriquent quelque chose qui va coloniser vos cerveaux, vos nuits, vos repas en famille et vos dernières conversations dignes de ce nom.L'iPhone. 2007.Steve monte sur une scène et annonce qu'il tient dans sa main un téléphone.
Un iPod et un appareil pour aller sur Internet.
La salle applaudit comme si Jésus venait de ressusciter en mocassins. À ce moment-là, personne ne se dit : attendez, là on est peut-être en train d'assister à quelque chose d'irréversible.
C'était pas un téléphone qu'il tenait dans sa main. Petit malin.
C'était une laisse.
Une jolie laisse, avec un bel écran rétroéclairé, des coins arrondis et une interface tellement intuitive que même ta grand-mère va finir par se perdre dedans à 2h du matin, pour regarder des vidéos de chats.Ce que Jab a inventé, c'est pas un outil. C'est une extension du système nerveux qu'on peut éteindre.
Mais qu'on n'éteint jamais.
Ce que Jab a fabriqué, c'est la dépendance avec une garantie deux ans et un programme de fidélité.
Et le pire ? C'est qu'il le savait.
Les gens de sa propre équipe l'ont dit : ils ne laissaient pas leurs enfants utiliser ces appareils.On a eu une conversation, Steve et moi, dans un hangar du Michigan, vers 1985.
Il était calme. Trop calme. Déjà ce regard qui ne cille pas. Déjà cette façon de répondre à côté, comme si votre question était trop petite pour lui.Il m'a proposé une pomme.
J'aurais dû m'en douter.
Je suis sorti. J'ai refermé la porte du hangar derrière moi.
Il n'a même pas pleuré.
Lis Sayonara Suckers
(avant qu'on te dises quoi lire)

Tout gâcher (mais avec élégance)
— Le Journal de Max
Il y a une chose que j'admire chez Mark Suckerbeurk.
Si, si.
Sa cohérence.Depuis le premier jour, il a fait exactement ce qu'il avait dit qu'il allait faire.
Le problème, c'est qu'il ne l'avait pas dit à voix haute.
Petit malin.
Sean Parker, l'un des premiers investisseurs de son entreprise, a fini par le formuler clairement lors d'une conférence en 2017. Il a expliqué que l'objectif dès le départ était de trouver comment "consommer le maximum de votre temps et de votre attention consciente".
Ils savaient qu'ils construisaient quelque chose d'addictif.
Ils l'ont fait quand même.
Et il a conclu avec cette phrase qui mérite d'être gravée quelque part :
"Dieu seul sait ce que ça fait au cerveau de nos enfants."Voilà. Ils ne savaient pas. Ils s'en foutaient. Et maintenant c'est le problème de tout le monde sauf le leur.Ce que Suckerbeurk a construit, c'est une machine à validation sociale qui tourne 24h/24 en pompant de la dopamine à intervalles irréguliers, exactement comme une machine à sous.
Le like c'est pas un bouton, hein. C'est un levier de casino.
Et nous, on a mis notre cerveau dedans librement, volontairement, et avec enthousiasme en plus ! En croyant naïvement qu'on était en contact avec nos amis.Tu ajoutes à ça la surveillance de masse (à des fins commerciales), la revente de nos données à des gens qu'on n'a jamais rencontrés, Cambridge Analytica, les élections trafiquées à coups d'algorithmes, la désinformation industrialisée, et cerise sur le cake : Instagram, racheté en 2012 pour finir le travail sur les adolescents.Alors quand on a récupéré le petit Mark au fond de son bac à sable à White Plains, on était content. Il faisait moins le malin. Yeux vides. Larmes de crocodiles.Daniel m'a dit : "T'es sûr que c'est lui le problème ? C'est pas juste un gamin normal ?"
Je lui ai répondu en serrant les poings : "Exactement. C'est ça le problème."Puis j'ai redémarré la LeBaron.
Lis Sayonara Suckers
(avant qu'on te dises quoi lire)

CONTACT

À PROPOS
Hello Bandits est né d’un constat simple.
Il existe des histoires, des projets et des objets éditoriaux qui ne trouvent pas leur place.Pas parce qu’ils sont mauvais, mais parce qu’ils ne rentrent pas dans les cases.
Parce qu’ils sont trop hybrides, trop libres, trop difficiles à classer.
Ou simplement parce qu’ils n’arrivent pas par les bonnes portes.Hello Bandits n’a pas été créé pour publier beaucoup (même si on aimerait bien).
Le problème, c’est que nous sommes réalistes.Nous ne sommes donc pas contraints de suivre un rythme, un calendrier ou de répondre à une logique de catalogue. Ce qui nous va très bien. Pour l’instant.L’idée est ailleurs.Créer un espace pour développer et publier des projets singuliers, des livres, des objets narratifs qui existent pour de bonnes raisons, même si elles ne sont pas toujours évidentes.Des projets qui prennent leur temps, parce que créer n’est pas compatible avec l’immédiateté.Ils peuvent parfois être imparfaits, mais ils sont assumés parce qu’ils préfèrent exister tels quels plutôt que d’être lissés jusqu’à disparaître.Hello Bandits est une structure indépendante, légère, volontairement limitée.
Ce n’est pas une machine à produire, mais plutôt un point de passage.Un endroit où certains projets peuvent voir le jour sans avoir besoin de devenir autre chose que ce qu’ils sont.Aujourd’hui, Hello Bandits commence avec Sayonara Suckers.D’autres suivront. Ou pas.On verra bien.































